« »Le rêve d’une vie de grimpeur ». C’est ainsi que Nico voyait l’ascension d’une vraie « sea stack », une aiguille dans la mer, créée par l’érosion, que le livre de Sylvain Tesson, « les piliers de la mer » avait récemment réveillé.
Certes, en cette fin de séjour, j’étais épuisée, et la météo des plus capricieuses. Mais Nico semblait y tenir… C’est donc sous les gouttes que nous partons avec peu d’espoir.Une fois arrivés au point de départ de l’aventure, nous nous retrouvons en haut d’une falaise avec vue sur notre objectif. Aucune trace de chemin à l’horizon, cet itinéraire décrit dans le topo restera une énigme. La pluie redouble, le vent se lève. Devant l’incapacité à trouver l’accès, nous décidons d’en inventer un autre.
Nous nous décidons de descendre au plus près de la mer. Durant notre quête les éléments se déchaînent et nous cherchons un refuge sous un surplomb. Finalement c’est la grotte secrète de Jack Sparrow qui s’ouvre devant nous et nous offre une ébauche d’accès possible à notre but. On ne peut rejoindre par ici notre stack en marchant. Deux options s’offrent à nous : traverser au ras de l’eau en psykoblok ou affronter directement une jolie barre de quinze mètres. Cette seconde option semble préférable, et nous nous encordons pour ce passage de quinze mètres. Les aiguilles dans la mer proposent souvent de vraies aventures à cause de la complexité d’accès, mais initialement nous sommes bien venus pour grimper ! Nous descendons ensuite derrière, jusqu’au pied de l’aiguille, juste au pied du stack. Désormais, seulement quelques mètres nous séparent de la paroi. Quelques mètres… Séparés par la mer…
Nico, empli d’excitation, ne perd pas une minute et se déleste entièrement du poids de ses vêtements. Je m’interroge sur l’objectif de sa démarche… Puis il saisit un brin de corde et se jette à l’eau pour rejoindre le socle de l’aiguille ! Le soleil n’est pas de la partie. Le vent souffle et nous avons mal anticipé la préparation des affaires pour se sécher une fois sur l’autre rive. Je lui fais parvenir, sous sa pression, le premier sac grâce à une tyrolienne qui frôle l’eau sous le poids du bagage. Une fois le dernier sac passé je réalise que je vais devoir les rejoindre. C’est nue comme un ver que je lui envoie mes habits entortillés sur la corde et qu’il récupère notre seul lien à cette terre. Ne fréquentant pas les clubs naturistes, je suis rassurée par la discrétion des lieux. Ici, on se sent réellement au bout du monde, isolés, au pied de notre aiguille.
L’ambiance est à la fois austère et hors du temps.
Le topo précise qu’on peut traverser en passant par des rochers mais depuis qu’il a été rédigé le niveau des eaux du globe a du nettement monter. Les 3/4 de la traversée peuvent se faire avec l’eau aux cuisses, en évitant d’écraser la faune et la flore maritimes (et surtout les oursins) ayant pris possession des blocs immergés. Mais pour atteindre l’aiguille tant désirée il faut s’armer de courage pour affronter le froid et se jeter à l’eau !
Au pied même de l’aiguille, nous trouvons facilement la ligne : un beau mur évident sur la droite de l’arête nord. On se rabille, on se rencorde. La pluie s’arrête, et contre toute attente, nous restons à peu près abrités du vent d’est qui rugit au large.L’escalade est en effet très belle, et bien que courte, elle justifie tout de même l’aventure. La première longue commence par un mouvement bloc pour monter dans une dalle avec un dièdre évasé puis on suit cette ligne jusqu’à un replat où on fait facilement un relais confortable. La seconde longueur remonte une cheminée évidente, puis on sort à travers les blocs pour trouver le relais de descente. Le vrai sommet est deux mètres au dessus de nous, nous sommes abrités sous son toit, évitant temporairement les gouttes et le vent.
Un superbe rappel efficace de 35 mètres nous ramène alors à notre terrasse initiale au bord de l’eau…
De là, il faut encore nager pour retrouver la Sardaigne, refaire notre tyrolienne pour ramener les affaires, repasser notre petit mur d’accès, en rappel pour moi alors que Nico fait le tour au ras de l’eau pour ne pas mouiller la corde et abandonner de matériel, et aller faire quelques couennes avant la nuit ! »
1ière ascension : Marco Marosu et Sebastiano Salaris, le 04 février 2007
Difficulté : D-; 5b; 40 mètres
Matériel : Rack de terrain d’aventure, rappel, maillot de bain éventuellement…
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