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ULA

ULA est une des voies mythiques du Verdon. Cette ligne fut ouverte en 1972 par B. Bouscasse et M. Coquillat, avec un matériel plutôt rudimentaire selon les standards modernes. C’est notamment grâce à un piton « bong » (ainsi appelé en référence au bruit qu’il produit lorsqu’on lui tape dessus au marteau), prêté par B. Vaucher que la voie a été sortie. Cotée TD+, 6b en fissure sur 300 mètres, il s’agit d’une voie sérieuse, surtout pour le niveau annoncé.

Cet article n’a pas pour vocation l’énième publication du topo de la ULA ou d’en expliquer les mouvements, placements de protections (etc…) mais de donner un point de vue, personnel, sur son déséquipement de 2011, et d’en estimer le résultat trois ans après.

L’utilisation répétée de pitons dans les fissures verdonesques a fini par dégrader les rocher sur certains itinéraires. Dès lors, on a commencé à s’interroger sur l’utilisation répétée de ceux-ci.

ULA - La voie a été très proprement déséquipée. Deux pancartes, situés aux deux accès différents, le précisent: voie déséquipée - no bolts

ULA – La voie a été très proprement déséquipée. Deux pancartes, situés aux deux accès différents, le précisent: voie déséquipée – no bolts

A la même époque, explose la mode de l’escalade libre, et de nombreux itinéraires tout équipés voient le jour. C’est également à cette époque qu’un certain nombre d’itinéraires classiques sont réequipés pour limiter l’usure du rocher due aux pitons et afin de rendre ces itinéraires accessibles à tout le monde, ou presque. Cette démarche, très classique en France, n’est pas systématiquement suivie par nos voisins qui ont choisi de laisser la plupart de leurs itinéraires sans plus d’équipement qu’à l’ouverture (les Anglais ne laissent rien en place, Allemands, Tchèques, Espagnols, Italiens conservent le plus possible des itinéraires non équipés de points à demeure).

Cette initiative, partant très probablement d’un bon sentiment, aura tout de même des effets négatifs. Bien que les amateurs de voies toutes équipées soient majoritaires en France, un certain nombre apprécie également de parcourir les itinéraires vierges d’équipement. Pour ceux-ci, les belles voies en escalade dite « traditionnelle » (qui se parcourent avec des coinceurs câblés et des friends, en évitant goujons, scellements…) se font de plus en plus rares. Cela s’explique par le fait que certains grimpeurs n’acceptent pas qu’ils puissent ne pas aller escalader certains itinéraires (pour diverses raisons: manque de matériel adapté, engagement trop important, chutes potentiellement dangereuses, passages obligatoires…).

Mais n’est ce pas là l’essence même de l’escalade? De savoir être patient, de devoir progresser pour découvrir de nouveaux terrains de jeu, de prendre le temps d’acquérir l’autonomie nécessaire? De rêver à certains itinéraires, même si finalement on n’aura jamais le cran que s’y aventurer? Ou l’escalade est elle un moyen d’adapter la montagne à ses propres capacités?

Je ne dénigre absolument pas les itinéraires entièrement équipés: j’en suis même un grand amateur, et je reste convaincu qu’il en faut! Dans ce cas, où placer la limite?

Je pense tout d’abord qu’il faut (presque) de tout partout (cependant il existe, dans des endroits souvent très sauvages, des « sanctuaires d’aventure », où il est « interdit » d’ouvrir des voies toutes équipées, et ceux-ci doivent continuer d’exister), car l’escalade trouve sa richesse dans la diversité des pratiques. Ensuite, libre à chacun de choisir son terrain de jeu… Cependant, tout le monde ne respecte pas cette règle et c’est ainsi que l’on se retrouve avec des secteurs de grande voie où tous les itinéraires ont été réequipés, même s’ils avaient été ouverts avec des moyens traditionnels. Là, c’est fort dommage… Et c’est ainsi que la ULA s’est faite réequiper. Pourtant, ce ne sont pas les belles voies entièrement équipées qui manquent dans le Verdon! Ne pouvait on donc pas laisser les voies qui sont à la fois historiques ET qui se parcouraient bien en l’état d’origine?

Malheureusement, la réponse fut NON. Avec des arguments douteux (« non à l’élitisme », « tout le monde doit pouvoir aller partout dès le début », « les grimpeurs trad’ sont intégristes », « les forts laissent les itinéraires non équipés pour se les garder juste pour eux », « ils n’ont qu’à faire semblant que la voie n’est pas équipée », « il faut bien que les pros puissent travailler en sécurité »), les partisans de la démocratisation totale de l’aventure se sont appropriés ces itinéraires déjà existants et parcourus. C’est fort dommage…

Alors que les belles lignes non équipées disparaissent peu à peu sous les créations nouvelles (il n’y a bien sur que les belles voies dans ce style qui se font massacrer, on laisse les « bouses » non équipées pour que les amateurs de ce genre d’escalades n’aient pas à se plaindre), certains s’alarment, et entament des négociations pour sauver cette pratique. Ces discussions entraînent bien souvent des concours de mauvaise foi stériles.

C’est dans cette optique que des grimpeurs ont décidé d’agir: sans concertation officielle, on a déséquipé une des lignes majeures des gorges: désormais, la ULA est à nouveau vierge d’équipement dans ses longueurs! Cela a, dans un premier temps, provoqué des débats sur ce genre d’action. De nombreux grimpeurs, qui d’un coup n’ont plus eu les moyens d’accéder à cette voie, ont été mécontent. Pour d’autres, ULA est redevenue LA ligne de fissure trad’ des gorges. Et quelle ligne! Ainsi parcourue, les avis des grimpeurs ont tout de suite été très favorables. Ceux qui ont parcouru ULA DESEQUIPEE en sont revenus enchantés! Tous sont vraiment très contents de cette action, qui n’aurait probablement jamais abouti avec concertation. Dans ce cas précis, ceux qui ont agit ont très bien fait! Cela donne un bijou d’escalade sur coinceurs, assez unique en France. Il faut bien admettre que cette ligne se parcourt très bien, avec un matériel adapté, au style d’escalade « sur coinceurs ».

Cette voie n’est donc plus à la portée du grimpeur moyen (l’a t-elle déjà été? l’équipement était autrefois engagé…). Cependant, ce dernier ne sera pas déçu dans le Verdon: d’autres lignes de fissures, également historiques, peuvent se parcourir avec un jeu simple de dégaines. Il y a enfin « de tout partout »! Grâce à cette action, c’est la diversité de l’escalade dans les gorges du Verdon qui gagne. Les amateurs de coinceurs ont « leur » ligne, d’autant plus qu’elle est historiquement à parcourir ainsi, et les amateurs de voies équipées ont encore près de 200 autres voies à parcourir.

Je pense donc que dans bien des secteurs peuvent cohabiter voies traditionnelles et voies équipées. Ces deux styles procurent des plaisirs différents, mais intenses. Le choix des voies à laisser en « terrain d’aventure » doit donc être imposé par l’histoire du site, l’intérêt de ces voies (ne pas laisser que les couloirs de terre non équipés) et leur possibilités d’assurage naturelles. Ce n’est pas, en revanche, parce qu’une fissure est franche qu’elle doit forcément rester vierge ou qu’une dalle doit nécessairement être équipée. Vous l’avez compris, je suis partisan du partage! L’escalade n’en sera que plus riche…

A l’avenir, les équipeurs devraient faire très attention à respecter les voies déjà existantes de terrain d’aventure. En ne les réequipant pas au hasard et sans concertations avec les grimpeurs locaux et intéressés, et en veillant à ne pas ouvrir de voie « par dessus » sur une partie ou l’intégralité de l’itinéraire (cela peut paraître évident mais les exemples ne manquent pas: dernière longueur de le Coryphene, spittophage pervers etc…).

Si des équipeurs ont vraiment le perfo qui les titille, et qu’ils ne savent pas trouver des itinéraires intégralement nouveaux, je me ferai un plaisir de leur indiquer des voies qui ont été entièrement équipées dont l’équipement est très vieillissant. Allez sauver ces voies plutôt que d’en massacrer d’autres!

Les amateurs de cette action, également, doivent faire attention: déséquiper une voie n’est pas anodin, et il ne faut pas que certains s’y mettent au hasard et fassent n’importe quoi. Esperons que ULA  deviennent un bon exemple, et qu’à l’avenir ce genre d’action puisse être concertée, pour une cohabitation réussie des voies en différents styles. Pour le bonheur de tous!

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