Entouré de massifs prestigieux, comme par exemple les Aravis, la Chartreuse, voire même le Mont Blanc, celui des Bauges est peu connu pour l’escalade. Pourtant, quelques classiques sont régulièrement parcourues, et le calcaire – le même que celui du Verdon, malgré la distance ! – est parfois sublime. Les parois restent, dans les Bauges, confidentielles, malgré certaines ouvertures faites par de grands noms de l’alpinisme. L’ampleur des faces et l’absence d’ambiance « haute montagne » ont dû jouer.
Ces dernières années, un moniteur d’escalade, devenu mon ami depuis « l’université » (ceux qui ont suivi notre formation riront grassement !), redécouvre les vieilles voies de ce massif, et en ouvre de très nombreuses, qui deviennent régulièrement des grandes classiques. Aurélien Bessot, pour le nommer, m’a parlé du calcaire local, et m’a confié l’existence d’une ligne qu’il avait repérée, sans être sûr que cela passerait. Il n’en faut pas beaucoup plus pour me motiver…
Pour une fois, nous arrivons à trouver facilement une date pour ce projet (chose rare en 15 ans !). Accompagné de sa stagiaire Lily, nous partons à trois en direction de cette belle paroi en face Ouest du Roc des Bœufs, dominant un alpage magnifique. Nous découvrons, au pied de la paroi, un nouveau site de couennes qui semble vraiment beau. Cependant, aucune ligne partant du sol ne rejoint logiquement notre dièdre repéré, qui constitue donc une sortie parfaitement logique à la voie « la fourmilière », également ouverte par Aurélien. Cependant, les conditions glaciales (pour un sudiste) ce jour nous incitent à partir par la voie « contre attaque d’éthique » puis à traverser une vire pour rejoindre notre fameux dièdre.
Peu d’encombres pour rejoindre la ligne, qui n’en est en fait pas une : le dièdre repéré, dominant la ligne de « la fourmilière », est totalement bouché. Malheureusement, la combinaison est ici impossible sans ferrailler intégralement la paroi. Nous avons été contraints de laisser un goujon pour redescendre…
Mais par miracle, une jolie ligne de fissures se dessine juste à gauche ! C’est Aurélien qui repart, et récupère cette fissure via des rampes, pour arriver à une cheminée d’aspect débonnaire, qui sera en fait le passage clé de la voie. Un goujon protège le passage, mais le 6b est obligatoire. Je pars ensuite pour une longueur plus difficile que prévue, et un peu exposée en fissure large. Je pose deux goujons au relais, puis je laisse Aurélien repartir pour une dernière longueur en cannelures faciles et bien protégeable. Nous arrivons au sommet, frigorifiés mais heureux de cette première, d’autant plus que je découvre le massif !
La voie en soit est vivement conseillée en sortie de l’itinéraire « la fourmilière », car elle est située droit au dessus, et dans un niveau assez similaire. L’escalade est assez intéressante, même si elle manque d’ambiance, la vire cassant le vide. Et il resterait un longueur directe à ouvrir pour connecter les deux en évitant un petit détour par une vire !
Accès :
Du village de Mont Derrière, rejoindre facilement par une piste jusqu’aux chalets du Sollier. Poursuivre ensuite par un chemin menant au Roc des Bœufs (voie normale), puis quitter ce sentier (vague trace et quelques cairns) par la droite pour rejoindre le pied de la paroi et la longer.
Le départ de « la fourmilière » se repère par une lunule à 7/8 mètres de haut, une vingtaine de mètres à gauche d’une cheminée jaune. Il existe désormais des couennes à proximité.
La Fourmilière (départ logique) :
L1 : 5c
L2 : 6b+
L3 : 6a
L4 : 5 – transition soit vers « La contre étique d’attaque », soit « contre-attaque des tiques », recommandée.
La voie démarre à droite en bout de vire, R0 sur un goujon et un épicéa.
Contre attaque des tiques :
L1 : 6b; En ascendance à droite puis droit dans une courte cheminée évasée (un goujon, escalade ensuite obligatoire). Relais sur lunules (une en place).
L2 :6a; Poursuivre au dessus par une fissure large puis en sortir légèrement à gauche jusqu’à un relais sur deux goujons.
L3 : 4c; Remonter les cannelures à droite et sortir au mieux.
Descente :
Par la traversée du Roc des Bœufs puis la voie normale, ramenant au sentier d’accès.
1ière ascension : Lily Perret, Aurélien Bessot et Nicolas Gay, le 10 juin 2026. Le nom de la voie provient de quelques tiques qui nous ont permis ce jeu de mots, la voie étant une suite de « la fourmilière » ou de « contre éthique d’attaque » – nom donné suite à un rééquipement regrettable d’une voisine…
Difficulté : TD; 6b max et obligatoire; 160 mètres
Matériel : Friends du 0,3 au 4, câblés, sangles, matériel de grande voie équipée
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