
L’Aiguille de la Vanoise
L’escalade et l’alpinisme sont des activités exceptionnelles dans le sens où rares sont les sports qui sont autant imprégnés d’histoire. En ce qui nous concerne, nous avons la chance de profiter d’un héritage exceptionnel, fait de conquêtes, de moments héroïques mais également de drames. Certains noms reviennent plus souvent que d’autres, pour parfois devenir légendaires. Que ce soient des parois comme les Drus, les Jorasses, la Civetta ou d’autres jusqu’aux noms des alpinistes, à l’image de Cassin, Bonatti ou Messner, regarder ces murs et imaginer succéder ces ouvreurs reste pour bien des pratiquants un rêve.
Alors une voie Desmaison dans une face nord, sur un sommet qui en plus porte le nom du massif, cela attire forcément l’œil. Ainsi décrit, cela fait peur… mais c’est au contraire une voie plutôt abordable par rapport aux autres conquêtes alpines de ce grand alpiniste, qui se sera illustré de bien des manières : secours illégal aux Drus (mais victorieux) qui lui fera perdre son poste à la compagnie des guides, premières d’ampleurs comme aux Jorasses en mixte ou dans le Dévoluy en rocher, solos audacieux, avec par exemple l’intégrale de Peuterey en hiver, ainsi que le drame des Jorasses, où le tristement célèbre Maurice Herzog laissa mourir Serge Gousseault pour se venger du sauvetage pourtant indispensable aux Drus.
Ici, nous avons un itinéraire parfait pour découvrir l’ambiance « face nord » et faire ses bases de grimpeur alpiniste : la face est raide, austère, et l’itinéraire est particulièrement intelligent, trouvant une superbe ligne de faiblesse dans ce mur. Avec le temps, la voie est devenue très classique et de l’équipement est resté en place, facilitant le parcours. Cela fait donc de nombreux détours et passe entre les surplombs, et il faudra alors chercher son itinéraire, surtout dans les massages faciles peu ou pas équipés. Une autre difficulté vient des conditions, car nous sommes bien en haute montagne : il peut subitement faire froid, le rocher est souvent trempé notamment dans le haut et prendre ici un orage serait plutôt délicat.

Au pied de la face
Enfin, nous sortons au sommet, sur une crête aérienne. La course n’est alors pas finie, il reste une très jolie traversée d’arête, facile mais intéressante, pour rejoindre les prairies ensoleillées de la face sud. On rentrera ainsi facilement en rêvant de sa prochaine Desmaison, sûrement un cran au dessus…
D’autres voies majeures parcourent la face, comme la voie d’artif à gauche ouverte par Lionel Dodet en solitaire, « Salut Ginette », la voie à l’équipement vieillissant de Jean Marc Boivin « Électrochoc », les voies Paquier dont « la grande » et des voies jusqu’en 7c, sans oublier « la ballade des marmottons », en 5c max, une des voies les plus simples, et entièrement équipée.
Je ne vous propose pour une fois pas de topo sur cet itinéraire que j’ai gravi il y a trop longtemps désormais, ce serait soit faux, soit du plagiat. Mais vue la qualité, peut-être y retournerai-je ?
1iere ascension : André Bertrand et René Desmaison le 13 juin 1963
Difficulté : TD; 6b, 5c obligatoire; 350 mètres
Matériel : Jeu de friends et câblés pour les longueurs faciles surtout en haut, sangles, matériel grande voie équipée
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