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L’estamporanée

L’estamporanée est sans aucun doute l’une des voies mythiques du Verdon. Alors qu’aujourd’hui les gorges sont surtout réputées pour ses fantastiques murs gris ou ses devers multiples souvent à colos, aux grandes voies et couennes célèbres, l’estamporanée fait partie de ces voies anciennes particulières, en fissures larges et en off width. Il y existe plusieurs itinéraires empruntant ces fissures difficiles, et qui ont contribué à la réputation du site. Mais l’estamporanée reste avec les années un mythe et une référence parmi les itinéraires non équipés difficiles des gorges du Verdon, et ce malgré des cotations ne dépassant pas le 6c.

La ligne de l’estamporanée – La voie emprunte la troisième fissure en partant de droite, au centre de la photo

Cette voie historique fut ouverte en plein âge d’or de l’escalade dans le gorges, par le maitre de l’époque, François Guillot. Dans la lignée des grandes voies difficiles en fissures, comme les barjots ou encore le bec de lièvre, l’estamporanée fut alors considérée la voie de libre la plus difficile du Verdon, voir de France. Toutes les longueurs y sont belles (selon leur style…) et soutenues, et on imagine bien l’engagement qu’ont du subir les ouvreurs, qui eux n’avaient, pour cette ouverture, que des pitons variés, ni friends ni hexntrics… Notons tout de même qu’à l’ouverture les ouvreurs (Jean Marie Picard Deyme, ou Picou, accompagne François) n’ont pas emprunté les fissures raides de sortie, à gauche du jardin, mais ont effectué une sortie plus facile. Picou revient rapidement avec Jean Fabre gagner quelques mètres précieux en fissure au dessus le jardin, puis c’est quelques jours après que François Guillot vient achever sa voie en compagnie de Bernard Domenech. Également, la longueur « clé » de la voie, la fameuse fissure off width, avait été évitée par un court passage à gauche du même niveau mais mieux protégé. C’est Jean Claude Droyer qui gravira en premier la fissure par son parcours le plus direct.

Cette Estamporanée fait donc référence parmi les voies compliquées en fissure. Mais qu’en est il de son esthétisme? Grimpons nous pour simplement toujours faire plus dur? Tout d’abord, il faut bien deviner que pour prendre du plaisir dans ce type de voie, il faut aimer la fissure ! On en rencontre ici de tous les styles, de la fissure à doigt jusqu’à la cheminée large en passant par ce fameux étaux de la longueur clé… Ce dernier étant, du coup, assez désagréable et malcommode, souvent jugé extrêmement difficile, par manque d’expérience. Notre ami Enzo Oddo, lui, nous avait dit qu’il n’y avait pas vu de difficulté supérieure au 6a… Il doit y avoir un brin de provocation, certes, car les longueurs du haut restent dures, mais cela en dit long… Mais mis à part quelques mètres vraiment particuliers dans cette fameuse fissure large, j’ai trouvé l’escalade très belle, et dans des styles finalement assez conventionnels malgré un niveau soutenu pour une escalade raide non équipée.

Départ de la quatrième longueur

Enfin, comment parler de l’estamporanée, sans évoquer ses histoires solitaires? Jacques Perrier ne fut pas le premier à la gravir sans corde (Yve Remy, Patrick Berault), mais il la tenta après Luna Bong depuis le sol également en solo. Il prit la pluie au début du passage clé, et patienta 4 heures vaché à un bloc coincé par son foulard, pour enfin sortir par la fissure alors trempée… Également, Pierre Pietri, guide Corse, a vécu une sacrée aventure. Parti en solo assuré avec le système Barnett (une corde et juste un autobloquant), il a pris une chute en décoinçant son casque de la fissure, et son nœud n’a pas bien fonctionné. Il a été retenu après 30 mètres de vol par le nœud en bout de corde…

Pour l’anecdote, « extemporané » signifie « préparé sur le moment » ou « improvisé ». Combien de cordées se sont elles jetées dans ces fissures sans plus de préparation? Et qu’en était il alors des ouvreurs?

La voie  !

Accès :  à pied par l’est de la paroi (sentier, cairns) ou rappels des caquous.

L1 : 5a, 40 mètres; Longueur commune aux Caquous, équipée et en rocher moyen. Évitable. Relais sur arbre.

Dernière longueur

 

L2 : 6a+, 30 mètres; Départ très raide (piton) puis fissure agréable. Relais au pied de la fameuse fissure (deux pitons un spit)…

L3 : 6c, 10 mètres; Un pas au début moyennement protégé, puis plus facile. Relais équipé de trois pitons, renforçable). L2 et L3 sont souvent combinées.

L4 : 6c, 40 mètres; Le passage clé mythique, composé d’une fissure off width avec deux passages plus difficiles (deux pitons, blocs coincés). Relais sur terrasse (arbre).

L4′ : 6c, 40 mètres; Passage des ouvreurs, à gauche de l’off width par une rampe pitonnable. On rejoint la fissure plus haut.

L5 : 6b ou 5c, 45 mètres; Cheminée facile puis léger dévers incroyable à lunules ! On sort ensuite tout droit (6b, laminoir) ou à droite (5c, belle rampe). On remonte ensuite le jardin jusqu’en haut. Ce passage a reçu le surnom de « vagin ». Les photos parlent d’elles-même.

Traverser le jardin jusqu’à son extrémité gauche, sous une impressionnante fissure en léger dévers.
Possibilité de s’échapper à droite ou en grimpant plus facilement tout droit (on rejoint « deputaindebopas »).

Le topo de l’estamporanée

L6 : 6b+, 40 mètres; Superbe fissure (mains et doigts, un ou deux pitons) avec trois sections plus difficiles à méthode. Relais dans une baume sur un spit et une colonnette percée.

L7 : 6a+, 50 mètres; Départ physique et déversant en fissure à mains puis suite majeure en fissure arrondie dans du rocher gris à trous. Deux pitons.

Retour évident à pied.

1ière ascension : L1 à L5 François Guillot et Jean Marie Picard Deyme, puis L6 J.M. Picard Deyme et Jean Fabre pour L6 et enfin François Guillot et Bernard Domenech pour L7, l’ensemble sur une semaine de 1974. Premier enchainement du bas Jean Fabre et Jacques Fouques.
Jean Claude Droyer est le premier à gravir le fameux passage clé de L4 directement.
Il semblerait en revanche que, contrairement à ce qui est parfois noté, Guy Abert n’ai pas participé à cette ouverture.

Difficulté : ED; 6c, 6b obligatoire; III; 200 mètres.

Matériel : Friends du 0.5 au 5 avec le numéro 6 conseillé et en doublant à peu près toutes les tailles (rappelons que les ouvreurs n’avaient rien de tout ça), câblés, exentrics éventuellement, matériel grande voie.

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