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Meije – voie Pierre Allain

La Meije est l’un des sommets les plus beaux et les plus prestigieux des Alpes. Sa face nord, glacée et austère, domine le village de la Grave alors que sa face sud, cachée, raide, rocheuse et ensoleillée, constitue une formidable muraille de 800 mètres. Alors très convoitée, elle fut gravie le 16 août 1877 par Emmanuel Boileau de Castelnau, Pierre Gaspard Père et Fils par l’arête du promontoire, actuelle voie normale. Il s’agit de l’un des rares sommets de cette envergure qui n’ai pas été d’abord gravi par les Britanniques.

Depuis, cette montagne a continué d’attirer de nombreux grimpeurs et alpinistes. Ce seront les très forts grimpeurs de Fontainebleau, Pierre Allain et Raymond Leininger, alors occupés à repousser les limites sur leurs petits cailloux, qui ont (entre autres!) réussi la première ascension de la face sud du Grand Pic le 21 août 1935, prouvant que leur niveau et leur matériel étaient plus développés que ceux des alpinistes traditionnels de l’époque. Les ouvreurs ne prirent avec eux que trois pitons. Encore aujourd’hui, cela laisse rêveur…

85 ans après, la voie est toujours aussi intéressante, et constitue l’une des grandes courses les plus classiques du massif. Difficile de faire plus recommandable!

La face sud de la Meije

La face sud de la Meije

Deux accès sont possibles pour rejoindre le petit mais confortable refuge du Promontoire. L’approche la plus simple passe par la Bérarde, sympathique petit bourg de montagne, et point de départ de nombreuses aventures. D’abord aisée, cette approche permet de découvrir la superbe face sud de la Meije. Raide, en bon rocher, et surtout très large et très haute, cette paroi est très impressionnante pour celui qui l’approche. Mais bien plus que de la peur et le défi d’une grande course, ce sont bien les fourmis qui vous démangent le bout des doigt qui vous font avancer, tant cette muraille est esthétique!

Le tracé de la voie

Le tracé de la voie

Passé le refuge du Chateleret, l’approche se raidit brusquement et c’est au travers de moraines heureusement bien stabilisées que nous progressons. L’arrivée au refuge est un soulagement, d’autant plus que l’accueil du gardien est on ne peut plus chaleureux! Pour l’anecdote, il invite tous les courageux qui ont su monter au refuge à partager un verre d’apéro juste avant de servir la soupe. N’ayant pas très bien compris, je suis passé pour un alcoolique sévère à commencer à remplir copieusement une assiette creuse de rhum orangé.

Le réveil se fait ensuite classiquement à 4h du matin, afin de profiter des premiers rayons du soleil dès l’attaque. Pour y accéder, du refuge, on remonte jusqu’à une brèche très caractéristique l’arête du Promontoire pour ensuite traverser des vires à l’aide de câbles et enfin effectuer deux rappels qui nous posent au glacier. On remonte alors ce dernier une petite demie heure jusqu’à trouver l’attaque, assez évidente dans une cheminée proche du point le plus haut de ce glacier.

On remonte cette cheminée (IV+) jusqu’à trouver une large vire où la dite cheminée est alors empruntée par une cascade. Il faut la traverser vers la droite (assez désagréable le petit matin), et remonter au mieux en ascendance à droite pour arriver sur le « fauteuil ». On repère alors une barrière de toits caractéristique: il faut bien arriver à la droite de ces toits, en veillant à ne pas trop monter de suite dans les gradins précédents.

Par un couloir peu difficile, on rejoint la base d’un grand dièdre très visible en regardant la face (IV). Bien qu’apparemment partiellement équipé, celui ci se contourne par la droite grâce à une rampe (pitons) puis des séries de petits ressauts plus ou moins raides mais où le cheminement est facile à trouver. On rejoint alors une vire sur laquelle des blocs sont posés. Cette vire est dominée par une fissure raide (V-), que l’on contourne habituellement par la gauche: une traversée aérienne puis un couloir commode (à nouveau très bien visible du bas) nous mène à la cheminée verte (qui est le prolongement de ce couloir). Celle ci est contournable par la gauche (IV+, pitons) ou grimpable dans l’axe (VIa, pitons, A0 possible).

Nous arrivons alors à la vire du glacier carré, qu’il faut remonter en ascendance à droite et construire un relais à l’aplomb de la fameuse vire à bicyclette, elle même facilement identifiable. Il faut alors rejoindre son extrémité gauche pour y faire relais. On remonte alors la dalle au dessus (ne pas partir à droite sur la vire bicyclette malgré les pitons, bien que l’on puisse ensuite rejoindre l’itinéraire en cherchant). Le 5a donné expo sur d’autres sites ne l’est en fait pas du tout. De l’extrémité de cette vire, une fissure oblique vers la droite, franchissant un petit surplomb (5/5+, quelques pitons, pas nécessairement dans la ligne…) nous amène alors à une petite niche. La ligne se poursuit vers la droite en empruntant ensuite une rampe jusqu’à arriver à une zone de gradins aisés. Une rampe évidente mène sur la gauche à une brèche. Un crochet par une dalle puis un dièdre en face sud ouest, et l’on rejoint ensuite le fil de l’arête sud menant au sommet, où il faudra parfois contourner des passages plus raides.

L’arrivée au sommet du grand Pic de la Meije est un moment magique!!

Vue du sommet

Vue du sommet

Plusieurs options sont envisageables pour redescendre. Nous avons choisi la descente par la voie normale car la liaison la Grave – Bourg d’Oisans est fermée. Dans les deux cas, la descente est très longue et en terrain escarpé: compter au minimum quatre heures et encore un peu d’attention!

1iere ascension: Pierre Allain et Raymond Leininger, le 21 aout 1935. La légende dit qu’ils n’auraient utilisé que trois pitons!!

Difficulté: TD, 5c. 800 mètres de dénivelé, engagement IV. L’escalade n’est pas très dure, mais il s’agit bien d’une grande course où l’efficacité sera indispensable à la sécurité!

Matériel: Jeu de friends 0.5 au 3, câblés, cordes de 50 mètres indispensables. Quelques pitons en cas, matériel de glacier: crampons et piolet. Matériel de sécurité alpinisme (vêtements chauds, couverture de survie…)

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