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Ceuse – Natilik

La falaise de Ceuse n’est pas réputée pour les grandes voies. Au contraire, elle est célèbre pour ses voies d’une longueur, et serait même l’un des plus beaux sites du monde.

Cependant, comme bien des falaises en France, son exploration s’est d’abord effectuée dans un esprit « montagne », en gravissant les lignes évidentes les plus longues. C’est ainsi qu’a été ouverte Natilik, une des plus belles grandes voies peu équipées que l’on puisse imaginer. Elle traverse notamment un immense toit, mais tous les passages sont magnifiques. La première ascension fut réalisée par deux jeunes débutant des carrières exceptionnelles: Jean Christophe Lafaille et Philippe Macle.

La falaise de Ceuse sort de mes prérogatives d’encadrement, mais je ne peux m’empêcher de vous présenter cette perle Gapençaise, qui a largement participé au développement de ma pratique personnelle.

La ligne de Natilik - On devine aisément la strate permettant le franchissement du grand toit, la fissure large qui y mène et la goulotte bleue de sortie

La ligne de Natilik – On devine aisément la strate permettant le franchissement du grand toit, la fissure large qui y mène et la goulotte bleue de sortie

Ceuse est une falaise qui se mérite. Malgré ses centaines de voies, l’intérêt du site démarre avec un bon 6a, et encore! Ensuite, la marche d’approche est très longue pour un site de couenne. Si la falaise est si fréquentée en été, c’est donc qu’elle vaut réellement le coup! Pour la tranquillité, le reste de l’année est parfait.

Natilik - La ligne passe dans la strate caractéristique traversant l'immense toit

Natilik – La ligne passe dans la strate caractéristique traversant l’immense toit

Natilik est la voie la plus à droite de la falaise, et il faut compter une bonne heure et quart pour en rejoindre le départ. A son pied, les cordées ne se bousculent pas: malgré un discret renouveau de l’escalade traditionnelle, médiatisée par la réalisation de voies extrêmes, peu de grimpeurs portent les coinceurs et friends au pied de Ceuse. Seuls les grimpeurs ayant très bons goût se retrouvent sous l’immense toit de Natilik, très caractéristique depuis la vallée.

Le départ est immanquable, marqué par un cairn massif au pied d’un dièdre magnifique.

La première longueur (5c) remonte tout d’abord ce dièdre jusqu’à arriver à un vieux relais, au niveau d’un bloc coincé. Ne pas s’y arrêter mais par un pas aérien en traversée ascendante vers la gauche, rejoindre la terrasse confortable au pied de la fissure de la seconde longueur.

Cette fissure constitue le passage clé de la voie: un 6a+ en fissure off width (cette expression est donnée pour les fissures larges malcommodes, dans lesquelles se coincer est compliqué: on évolue bien souvent avec des verrous de coude et genou laborieux). Les récits de combats mémorables dans cette longueur sont très nombreux. Pourtant, avec un peu d’habitude de ce style d’escalade, la cotation n’a rien d’exagérée. Serait il temps pour les grimpeurs modernes de se rappeler que l’escalade n’est pas que du dévers à bacs? Quoi qu’il en soit, équipée de seulement deux pitons, cette longueur rivalise en beauté avec certaines voies majeures en granit.

La troisième longueur, en 6a, est courte mais superbe: après avoir vite cravaté un piton, on s’attaque à un mur raide et engagé, heureusement très prisu, digne des plus belles longueurs de Ceuse, caractéristique de ces murs oranges très sculptés en gouttes d’eau. On longe le fameux toit pour arriver à la strate permettant de le franchir.

L’immense toit est en fait facile: grâce à une chattière, un ramping permet de traverser ce monstre de calcaire de manière aisée. Il y a même quelques points dans cette longueur, du coup la plus sûre de la voie (il y a tout de même eu l’été 2014 un grimpeur qui a réussi à tomber à cet endroit, réalisant ainsi un pendule dans le vide fort peu enviable!). Allongés sur le ventre, on domine tout le bassin Gapençais: il s’agit d’un instant réellement magique. Comme tout a une fin, cette progression horizontale à plein ventre se termine de manière physique: un fort mouvement de dulfer en bon 6a nous pose à une marche, et on fait ainsi le relais.

Natilik - Première longueur

Natilik – Première longueur

La dernière longueur, en 5b, remonte une superbe goulotte au rocher bien pourvu de trous, mais très engagée. Elle est à déconseiller par temps humide, elle se révélerait être très dangereuse!

La sortie au sommet du plateau de Ceuse est très agréable: rares sont les grimpeurs l’atteignant, ceux ci préférant se concentrer sur des longueurs à redescendre en moulinette. Pourtant le paysage y est magnifique, et la sensation d’une petite aventure est bien présente. Au loin se dessine l’impressionnant pilier Desmaison du pic de Bure, l’autre étape indispensable après Natilik pour les grimpeurs Gapençais attirés par les escalades plus sauvages…

Difficulté: TD+; 6a+ max en fissure; 120 mètres

Matériel: jeu de friends complet, en doublant éventuellement les tailles moyennes; coinceurs câblés; matériel grande voie

1ière ascension: Jean Christophe Lafaille et Philippe Macle

Natilik - Le passage du toit

Natilik – Le passage du toit

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